D’après une histoire vraie de Delphine De Vigan: une autofiction palpitante

Cette histoire est elle vraie? Est il important de le savoir? Ecrire aujourd’hui, c’est quoi?

La fiction elle-elle dépassée?  Ce sont les questions qui traversent le roman  » D’après une histoire vraie  » de Delphine de Vigan

Le personnage du roman se confond avec celle de Delphine de Vigan. Ecrivain à succès; compagne d’un journaliste littéraire au prénom de François

« Je l’aimais. Je l’aimais pour mille raisons, je l’aimais aussi parce qu’il aimait les livres. J’aimais sa curiosité. J’aimais le regarder lire. J’aimais nos ressemblances, nos désaccords, nos discussions interminables. J’aimais découvrir des livres avec lui, avant lui, grâce à lui. »

Le succès ne transforme pas les caractères, les failles.  Le succès ne protège pas des malveillantes personnes qui jouent de ces failles.

Delphine est émotive. Petite, elle craignait les anniversaires qui font d’elle le centre des regards.

« J’avais accepté depuis longtemps l’idée que je n’étais pas l’une de ces femmes impeccables, incontestables, que j’avais rêvé d’être. Chez moi toujours quelque chose dépassait, rebiquait, ou s’effondrait. J’avais des cheveux bizarres à la fois raides et frisés, j’étais incapable de garder du rouge à lèvres plus d’une heure et il arrivait toujours un moment, où je me frottais les yeux, oubliant le rimmel sur mes cils. À moins d’une vigilance extrême, je me cognais dans les meubles, je ratais les marches, les dénivellations, me trompais d’étage pour rentrer chez moi. Je m’étais accommodée de cela et du reste. Et mieux valait en rire »

Delphine rencontre une mystérieuse L. qui est à son opposée

Combien de temps faut-il pour être une femme comme ça, me demandais-je en observant L., comme j’avais observé des dizaines de femmes avant elle, dans le métro, dans la file d’attente des cinémas, aux tables des restaurants ? Coiffées, maquillées, repassées. Sans un faux pli. Combien de temps pour parvenir à cet état de perfection, chaque matin, et combien de temps le soir, pour les retouches, avant de sortir ? Quel genre de vie faut-il mener pour avoir le loisir de dompter ses cheveux en brushing, de changer de bijoux chaque jour, d’assortir et varier ses tenues, de ne rien laisser au hasard ? Aujourd’hui, je sais que ce n’est pas seulement une affaire de disponibilité, mais plutôt de genre, quel genre de femme l’on choisit d’être, si tant est qu’on ait le choix.

Subtilement, méthodiquement, pas à pas, Delphine De Vigan décrit très bien le processus de l’emprise.

Je dois dire que cette L. m’énervait quand elle répétait sans cesse à Delphine qu’elle doit abandonner la fiction.

« Tu n’as pas besoin d’inventer quoi que ce soit. Ta vie, ta personne, ton regard sur le monde doivent être ton seul matériau. L’intrigue est un piège, un traquenard, tu crois sans doute qu’elle t’offre un abri, ou un pilier, mais c’est faux. L’intrigue ne te protège de rien, elle aura vite fait de se dérober sous tes pieds ou de s’effondrer sur ta tête. Que cela soit clair, l’intrigue est un vulgaire trompe-l’œil, elle n’offre aucun tremplin, aucun appui. Tu n’as plus besoin de ça. Tu es ailleurs, maintenant, tu comprends ? Tu sous-estimes tes lecteurs. Tes lecteurs n’attendent pas qu’on leur raconte des histoires pour qu’ils s’endorment en paix ou pour les consoler. Ils se moquent des personnages interchangeables, transposables d’un livre à l’autre, ils se moquent des situations plus ou moins plausibles tricotées avec agilité mais qu’ils ont lues déjà vingt-cinq fois. Ils s’en contrefoutent. «  dit L. à Delphine.

Le questionnement sur l’écriture, la fiction et la réalité offre des jolis réflexions sur le sujet

 » L’écriture est une arme de défense, de tir, d’alarme, l’écriture est une grenade, un missile, un lance-flammes, une arme de guerre. Elle peut tout dévaster, mais elle peut aussi tout reconstruire. « 

Les prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens sont plutôt justifiés. Certes, le genre n’est pas original car l’autofiction est de mode. Mais on passe un bon moment de lecture.

Delphine De Vigan est influencé par Stephan King. Le style d’écriture   » D’après une histoire vraie » diffère du roman « Les heures souterraines ». Ici c’est plus personnel. On est plus dans quelque chose d’unique. Les heures souterraines décrit plutôt le quotidien,la routine. On retrouve dans les deux romans des fragilités des personnages.

Elle sait incontestablement raconter des histoires.

 

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