La chambre des enfants racontée par Valentine Goby

Une écriture très visuelle et précise nous embarque dans ce milieu épouvantable du camps de Ravensbruk

L’horreur, la mort, la décadence partout. Puis au milieu de celà, la vie continue malgré tout . Une sorte de flamme reste allumée au milieu du ténèbre.

Garder à tout prix sa dignité :

« Mila pose sa gamelle. Elle dit :
— J’ai faim, c’est pas une vie.
Et Teresa rigole :
— Ah oui ? C’est quoi la vie ? C’est où ?
— C’est dehors, dit Mila. C’est acheter du pain à la boulangerie, vendre des partitions de musique, embrasser ton père et ton frère le matin, repasser une robe, aller danser avec Lisette, faire du riz au lait…
Teresa se marre.
— Tu n’y es pas ! Être vivant, elle dit, c’est se lever, se nourrir, se laver, laver sa gamelle, c’est faire les gestes qui préservent, et puis pleurer l’absence, la coudre à sa propre existence. Me parle pas de boulangerie, de robe, de baisers, de musique ! Vivre c’est ne pas devancer la mort, à Ravensbrück comme ailleurs. Ne pas mourir avant la mort, se tenir debout dans l’intervalle mince entre le jour et la nuit, et personne ne sait quand elle viendra. Le travail d’humain est le même partout, à Paris, à Cracovie, à Tombouctou, depuis la nuit des temps, et jusqu’à Ravensbrück. Il n’y a pas de différence.  »

Au milieu de ce lieu d’hécatombes, on est pris d’émotion devant la force de la résistance. Vivre c’est résister.

« Mila, Lisette et d’autres femmes s’assoient sur le bord des paillasses tandis que le froid de la nuit monte. Les femmes s’épouillent, se soufflent un peu d’air tiède bouches collées contre les omoplates. Leurs voix soudées forment un espace à part, provisoirement isolé du reste du dortoir.
— Moi, pendant l’appel je regarde les étoiles. Je les relie comme les points d’un dessin magique, ça fait des formes, je vois le char, je vois les chevaux, je vois le lion.
— Moi je pense aux recettes, les sucrées surtout.
— Moi je dis des poèmes.
— Moi rien. J’essaie de ne pas penser.
— Moi aussi je suis dans les recettes de cuisine, le lapin chasseur tiens, et une bonne purée écrasée au beurre.
— Ou le paris-brest. Avec crème et noisettes.
— Moi je fixe le ciel, les couleurs, j’ai jamais vu de levers de soleil pareils.
— Moi non plus, il est beau le ciel ici. C’est triste.
— Moi je chante dans ma tête
— Moi je pense à ma fille. Je voudrais retrouver sa voix. J’essaie de m’empêcher mais je peux pas.
— Tais-toi. « 

Dans cet endroit de piétinement des humains, la solidarité relève, la solidarité sauve.

Condamnées à mourir,  on continue à fêter un anniversaire, et à donner la vie.

Mila est enceinte. Elle ne sait pas si ça va la mener à la chambre à gaz. Une fois né, que fait on de son bébé. Elle a entendu les pires choses.

Dans ce camps de la mort, une chambre des enfants  a été créé.

« N’osant peut être pas croire à cet aveu, qui introduit dans le camp quelque chose de la vie normale, banale, du dehors. « 

Les bébés n’ont nul privilègefroid, faim, pas de chauffage, les rats, les poux.

La lutte pour la survie, la lutte pour des choses banales: manger, se réchauffer, étendre l’espérance de vie de quelques jours, d’heures.

Un décalage entre l’exceptionnel horreur et la banalité de la vie surprend.

C’est à la fois un livre sombre et lumineux.

L’auteur Valentine Goby s’est appuyée sur des histoires vraies autour de ce camps Ravensbruck réservé aux femmes.

Lire le témoignage d’une ancienne puéricultrice

Lire le témoignage d’un des trois bébés survivants de ravensbruck

Kinderzimmer écrit par Valentine Goby est apparu aux éditions Actes Sud

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